Découvrez l'histoire des épices et des aromates, nos
recettes de cuisine, nos conseils gastronomiques ...
Si le parfum envoûtant des épices séduit
toujours, s'il évoque encore dans l'imaginaire des hommes le
fabuleux Orient des Mille et Une Nuits, les terres magiques et
lointaines de l'Inde, de l'Indonésie et de la Chine, qui a
encore en mémoire les aventures tragiques ou glorieuses qui
jalonnent leur découverte et leur commerce.
Le théâtre historique des épices est plein de
bruits et de fureurs, fait d'ascensions spectaculaires et de chutes
tout aussi éclatantes, de destins glorieux et de rêves
inachevés
Introduction
1 - Les Epices dans
l'Antiquité
Dès l'Antiquité, les épices ont fait l'objet
d'une véritable vénération. Utilisées
à la fois en cuisine mais aussi comme remède ou dans
des rituels sacrés, elles s'imposent très tôt au
cur de diverses civilisations. Les travaux des
archéologues nous apprennent que l'usage des épices
avait cours sous les règnes de Thoutmosis III et de
Ramsès III.
Comment ces précieuses denrées parvenaient de
l'Extrême-Orient et de l'Inde jusqu'aux abords de la
Méditerranée, les informations dont on dispose sont
encore très floues à ce sujet. Ce que l'on sait, c'est
que les Egyptiens connaissaient la cannelle et le poivre. Les pistes
caravanières passaient certainement par les confins de la
Perse puis par les cols de l'Afghanistan puis les épices
étaient probablement acheminées en Egypte par les
côtes du Golfe Persique.
La civilisation grecque montre un engouement comparable pour les
épices. Mais là encore, elles sont
généralement réservées à une
élite, car hormis les herbes méditerranéennes
facilement disponibles, ainsi que le cumin et le safran, des
épices tels que la cannelle et le poivre sont un
véritable luxe. Les conquêtes d'Alexandre le Grand au
IVe siècle av JC, vont permettre d'intensifier les
échanges entre l'Occident et l'Orient.
Mais ce commerce se développe véritablement deux
siècles plus tard lorsqu'on découvre la
possibilité d'utiliser les vents alternants des moussons pour
naviguer entre l'Inde et la mer Rouge.
L'utilisation des épices chez les Romains témoigne de
la même passion gourmande et les écrits du
célèbre cuisinier Apicius au Ier siècle avant
notre ère fournissent des recettes dans lesquelles des
ingrédients comme le poivre, la girofle, la cardamome, le
cumin et la coriandre sont fréquemment cités.
2 - Du Moyen Age au XVe siècle
:
la Méditerranée au centre du commerce des
épices
Du moyen âge et jusqu'à la fin du XVe siècle,
le commerce des épices aux abords de la
Méditerranée est intense. L'utilisation des
épices, pour l'essentiel réservée à la
noblesse et aux riches bourgeois, ne sert pas à masquer la
saveur de mets avariés comme on l'a souvent prétendu
mais est bel et bien le signe d'une véritable passion leurs
effluves exotiques. Les quelques ouvrages de cuisine datant du XIVe
siècle montre l'omniprésence des épices qui
relèvent des sauces fortement aromatisées. L'usage des
épices est d'ailleurs très élaboré et les
mélanges mis au point sont aussi élaborés qu'en
Orient aujourd'hui.
Le mystère demeure quant à leur provenance car seuls
les Arabes et les Perses ont connaissance des terres d'origine des
épices. C'est eux qui s'approvisionnent directement en Inde et
en Chine.
Le mot " épice " est apparu à cette époque. Il
vient du bas latin " species " qui désigne des denrées
spéciales c'est à dire exotiques et rares. Les
épices sont si précieuses et le poivre en particulier
qu'il peut servir de monnaie d'échange pour s'acquitter de
l'impôt dû au suzerain. Les épices peuvent aussi
servir à gagner les bonnes grâces des magistrats (juges)
ou à les remercier lors de l'arbitrage d'un litige,
d'où l'expression " payer en espesses ". Cet acte de
corruption restera en vigueur durant tout l'Ancien Régime, les
épices seront peu à peu remplacées par des
paiements en numéraire.
On croit aussi à leurs vertus curatives sans limites, et
durant les grandes épidémies, on procède
à de vastes fumigations d'herbes aromatiques et
d'épices, censées purifier l'air pestilentiel.
C'est parallèlement aux Croisades que le commerce des
épices va s'intensifier et l'on va assister à une
vigoureuse montée en puissance des républiques
maritimes de Venise, de Gênes et de Pise.
Ces grandes cités marchandes fournissent aux Croisés
les navires nécessaires à leur transport en Terre
Sainte. Elles obtiennent en retour la possibilité d'installer
des comptoirs dans les villes du Levant gagnées par les
Francs. Acre, Tripoli, Beyrouth, Tyr deviennent des centres de
commerce particulièrement actifs et opulents.
Toutefois, le monopole musulman sur les épices ne sera pas
brisé par les Croisades. Les royaumes latins d'Orient
n'arrachent que la façade orientale de la
Méditerranée. L'acheminement des précieuses
marchandises jusqu'à ces villes reste aux mains des Arabes et
elles transiteront, longtemps encore, par les entrepôts
musulmans.
3 - XIV e siècle / La puissante
Venise
Mais c'est surtout la cité des Doges qui, par de subtiles
alliances, va asseoir sa suprématie sur ce lucratif commerce,
en particulier à la suite de l'effondrement de l'empire
chrétien d'Orient et la chute de Byzance.
Les commerçants Italiens, répondant à une
demande très forte, approvisionnent
régulièrement l'Europe en divers produits exotiques
qu'ils se procurent grâce à leur puissant et complexe
réseau commercial qui s'étend jusqu'à Alexandrie
pourtant aux mains des Mamelouks, mais avec lesquels ils ont su
traiter. Étoffes d'Orient et d'Extrême-Orient (soieries,
cotonnades, mousselines), tapis, pierres précieuses et surtout
épices fines (poivre, cannelle, muscade, girofle), revendus
sur les foires de Bruges, de Champagne, de Lyon, sont pour Venise une
prodigieuse source de profits.
Cette prospérité et ce monopole quasi unique, presque
entièrement fondés sur le commerce des épices,
vont se poursuivre jusqu'au-delà du XVe siècle,
même si l'invasion du Moyen-Orient et de l'Egypte par les
Ottomans, à la fin XVe siècle, semble
sérieusement mettre à mal sa puissance marchande. La
Sérénissime Venise va se trouver plus sûrement
ébranlée par l'exploit maritime du Portugais Vasco de
Gama. En effet, après 1503, le poivre se vend cinq fois moins
cher à Lisbonne qu'à Venise.
4 - XVe siècle Découverte
des Terres à Epices par les Occidentaux
A la fin du XIVe siècle, le prix croissant des
épices lié aux taxes qu'imposent les Ottomans et les
Arabes, va pousser les pays d'Occident à trouver d'autres
voies d'approvisionnement en épices. Le défi sera de
contourner l'infranchissable barrage constitué par les
puissances islamiques pour aller directement chercher les
épices dans leurs pays d'origine. Ce sera encore plus vrai
à la fin du XVe siècle, lorsque les Turcs envahiront le
Moyen-Orient et l'Egypte ; perturbant singulièrement
l'approvisionnement en produits exotiques destinés à
l'Occident. C'est ainsi que va s'ouvrir l'ère des grandes
découvertes maritimes.
Certaines nations vont sérieusement s'y préparer, et en
premier lieu le Portugal, sous l'impulsion de l'Infant, fils du roi
Jean, que l'on surnommera, Henri le Navigateur. Tirant profit des
renseignements fournis par les navigateurs génois, les
marchands et les savants arabes mais aussi des cartes
géographiques établies dès l'Antiquité,
il va pouvoir financer de multiples et fructueuses explorations
maritimes le long de la côte occidentale de l'Afrique. La plus
remarquable étant celle conduite par Bartolomeo Diaz qui
parvient au Cap de Bonne-Espérance en 1487. Ces
expéditions successives conduiront finalement, sous le
règne de Don Manuel dit le Fortuné, à la
confirmation de l'existence d'une route des Indes par le
contournement de l'Afrique. Ce prestigieux périple
réalisé par Vasco de Gama marque le couronnement de la
navigation scientifique. Celui-ci parvient en 1498 à Calicut,
sur la côte orientale de l'Inde et s'en retourne chargé
des précieuses épices
5 - XVIe siècle /Les Epices, un
monopole Portugais
Pour permettre un approvisionnement régulier en
épices, les Portugais doivent établir des comptoirs.
Gama revient à Calicut en 1502, s'en empare par la force et
installe un autre comptoir à Cochin
.
Par les efforts conjugués du vice-roi Almeideras puis de son
successeur le capitaine général Alphonso De
Albuquerque, le Portugal établit des relais le long des
côtes d'Afrique jusqu'au golfe du Bengale parvenant même
à s'établir à Malacca puis, poursuivant sa
politique d'expansion, atteindra les îles Moluques (îles
aux épices), d'où proviennent la muscade et les clous
de girofle, et obtiendra en 1516 le droit de commercer avec la Chine
à partir du comptoir de Macao. Les Portugais réussiront
même à s'emparer d'Ormuz (
), clé du
commerce avec la Perse. En revanche, ils ne parviendront pas à
soumettre Aden. Ainsi, le trafic des marchandises sur la mer Rouge,
par l'intermédiaire des marchands arabes et Turques, se
poursuivra et continuera d'alimenter les villes du Caire et d'Alep.
Venise retrouvera donc sa place de premier rang dans le commerce des
épices en Méditerranée, cela jusqu'à la
fin du XVIe siècle.
Par manque de capitaux, d'hommes, de navires, le Portugal se
révèle incapable de gérer un si vaste empire.
Plus encore, à cause de l'établissement de
l'Inquisition en 1536, le Portugal s'affaiblit à son tour.
En outre, après l'expédition de Magellan qui atteint
par l'Ouest l'archipel des Moluques, l'Espagne réalise
à son tour que ces territoires lointains lui sont accessibles.
Cependant, suite au Traité de Tordesillas, les Moluques
tombent bel et bien dans l'escarcelle des Portugais tandis que
l'Espagne s'octroie les Philippines.
En 1580, le Portugal est annexé à la couronne
d'Espagne. Philippe II, qui succède à Charles- Quint,
devient le maître des épices et du commerce mondial.
6 - L'émergence du monopole
Hollandais
(début du XVIIe siècle / milieu de XVIIIe
siècle)
A la fin du XVIe siècle, un changement brutal va se
produire par où on ne l'attendait pas. En 1579, les sept
provinces septentrionales des Pays-Bas, jusqu'alors sous le joug de
l'Espagne, font sécession. Les marchands hollandais qui
avaient le privilège de pouvoir s'approvisionner en
épices dans les ports d'Espagne et du Portugal et de revendre
leurs cargaisons aux différents pays du Nord de l'Europe, se
voient désormais interdire ce trafic. Ils décident donc
de se fournir directement à la source et créent
à Amsterdam, en 1594, la " Compagnie des Pays Lointains ". Les
vaisseaux qu'ils ont affrétés reviennent de Java
chargés des précieuses épices qui rapportent
d'important bénéfices à la jeune compagnie.
Devant ce succès, plusieurs nouvelles compagnies voient le
jour. En 1602, toutes fusionnent pour donner naissance à la
célèbre " Compagnie unifiée des Indes Orientales
" qui allaient devenir extrêmement puissante.
Aucune autre compagnie ne pourra rivaliser avec lapuissante compagnie
Hollandaise, que ce soit l'East India Company, créée
à Londres en 1600 sous la protection de la reine Elisabeth ou
encore la Compagnie des Indes Orientales fondée par Colbert en
1664.
Ainsi, les Hollandais ont la main mise sur le commerce des
épices les plus parfumées, les plus précieuses
la cannelle et le poivre et surtout avec les îles de Moluque le
monopole de la muscade et de la girofle. Et les quelques comptoirs
aux mains des français ou des Anglais n'y changent rien.
7 - La fin du monopole
Hollandais
Mais en 1745, un français , Pierre Poivre, décide
de subtiliser aux Hollandais des plants et des graines de muscadiers
et de girofliers . Il y parvient en
et réussit à
les acclimater sous le ciel de l'île de France (île
Maurice), puis plus tard à Madagascar et dans les Antilles
françaises. Les premières récoltes voient le
jour en 1775. Ainsi se termine le monopole Hollandais et la grande
aventure de la chasse aux épices.
Désormais, les épices vont devenir plus courante et
donc plus commune. Cependant, même si la magie de la
rareté s'est envolée, celle de l'arôme reste
encore présente.